La facture électronique est-elle durable ?
Vous recevez sûrement régulièrement des incitations pour adopter cette facturation électronique de la part de vos pourvoyeur d’énergie ou de télécommunication au motif que c’est écologique.
Écologique car sans papier. Mais est-ce si sûr ? Quand bien même, cette facture serait-elle une marque de développement durable ? Y a t-il des risques ou des améliorations à attendre de cette pratique ?
****Une facture véritablement écologique ?
Tout d’abord, revenons sur la facture électronique. C’est un document numérique (fichier PDF) qui tient lieu de facture. La directive européenne (2001/115/CE), et sa déclinaison française, autorise et encadre cette pratique.
Cette facture est transmise au destinataire par sa boîte mail ou mise à disposition sur le site de la société. Il n’y a donc plus de papier, ni de frais d’envoie (timbre, enveloppe…) et une réduction importante des frais de gestion des factures.
« Plus de papier », voilà l’argument écologique. Rappelons que le papier est une ressource renouvelable, stockeuse de CO2, recyclable et biodégradable. Donc si ce papier est issu du recyclage ou de forêts gérées durablement, le bilan environnemental n’est pas forcément mauvais. Toute mesure réduisant sa consommation reste tout de même intéressante.
Mais tout ceci repose sur l’informatique, qui consomme de l’électricité pour l’édition, la transmission, la visualisation et le stockage des factures. Cette électricité est, en règle générale, produite à partir d’énergie non-renouvelable et émettrice de CO2.
Sans compter que bien souvent, nous avons besoins de ces factures pour des démarches administratives. Il est rare que ces démarches puissent se faire avec des documents PDF. Il faut donc imprimer, et utiliser finalement du papier.
Le bilan environnemental final de la facture électronique n’est donc plus si écologique que ça. Zut !
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****Est-elle durable, alors ?
Admettons que les systèmes informatique et internet se mettent au vert et que les sociétés et administrations acceptent les documents justificatifs électroniques. L’argument « plus de papier, c’est écologique » tient mieux la route. Mais le développement durable est basé sur 3 piliers : écologique, économique, social.
L’écologie, OK. Pour l’économie et le social, ça devient plus limite.
L’effet économique est certain, comme le rappelle D. Jacob sur RETIS :
Soit une économie de 1 à 2% du montant des achats pour les entreprises. D’où l’engouement des entreprises à promouvoir ce principe, avec le fameux argument écologique, qui fait mouche comme le montre H. Decommer :
« 59% des personnes interrogées ont adopté ce système lorsqu’il était proposé »
Qui profite de ces économies ? Les entreprises. Qui doit accepter une mensualisation ou un prélèvement automatique pour être plus écolo ? Les clients. Je me rappelle qu’en 2002 une banque proposait une ristourne à ces clients s’ils adoptaient les relevés de comptes électroniques. Ce partage des économies réalisées est devenu bien rare… car l’argument écologique suffit.
La facture électronique est donc économique, mais elle n’est pas éthique.
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****Des risques ? Que oui !
Selon la loi, les factures peuvent être transmises électroniquement « dès lors que l’authenticité de leur origine et l’intégrité de leur contenu sont garanties au moyen d’une signature électronique » (article 289-V du Code Général des Impôts). Ces factures ont donc une valeur juridique. Ce risque est donc écarté.
Vous trouverez plus d’information sur la valeur juridique et fiscale des factures électronique sur cet article d’Entreprise-et-Droit.
Mais plusieurs autres problèmes peuvent se poser au client :
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******L’accessibilité
Qui dit facture électronique, dit équipement informatique et internet. Or en cas de pannes, de sinistres ou de vol de ces équipements le client n’aura plus accès à ses factures.
Dans le cas où les factures ne sont pas transmises par mail mais disponibles sur le site des sociétés, des ennuis techniques (identification, bug) ou la résiliation du service auquel sont attachés les factures poseront de grands problèmes. Comme certaines factures (électricité, eau, etc.) doivent être conservées légalement quelques années, quelques personnes ont dû payer une dizaine d’euros par facture pour obtenir des versions papier.
La facture électronique n’est pas toujours accessible.
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******La vigilance du client
Cependant, de telles factures s’accompagneraient d’une réduction de la vigilance des consommateurs. D’après H. Decommer et selon l’AFUTT (Association Française des Utilisateurs de Télécommunication), on observe une corrélation entre la hausse des facturations électroniques et la diminution des plaintes. Deux explications sont avancées :
« deux codes secrets, huit clics et cinq bonnes minutes pour arriver enfin au précieux document » J-M Vittori, Les Echos.fr
La facture électronique est perfide
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******Sécurité et confidentialité
A l’heure d’Hadopi, on parle beaucoup de « pirates » et d’ « interception de données ». Supposons que ces « petits malins » ne s’intéressent pas qu’à la musique, mais aussi à nos coordonnées bancaires, à nos consommations et à nos préférences d’utilisateurs. Ne tomberaient-il pas sur une mine d’or en explorant les disques durs et boîtes mails des péquins de base (vous et moi) ?
Faudra-t-il mettre en place des systèmes de cryptage et de confidentialité des factures, ainsi qu’un stockage sur un second disque dur non connecté au réseau ? Tout cela pour économiser le papier de ces factures ?
La facture électronique met en danger des éléments de la vie privée
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******Le stockage
Comme cela a été développé ci-dessus, l’archivage des factures électroniques nécessite un équipement et des procédures assurant à la fois :
Rappelons que la durée de vie moyenne d’un ordinateur est de 4 ans, celle d’un DVD de 10 ans… et que j’ai cassé 2 disques durs neufs en 2 mois ><
La facture électronique suppose un investissement important de la par du consommateur.
****Rendre la facture électronique réellement durable
A partir de ces critiques à l’encontre de la facturation électronique, plusieurs solutions se dégagent pour faire des factures électroniques un exemple de développement durable. Ces solutions concernent le système dans sa globalité ainsi que la protection des « récepteurs » de facture numériques.
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******Solutions « système »
Mettre en place un système informatique global vert, qui consomme peu d’énergie, des énergies propres et qui compense ses émissions de CO2.
Mettre en place une dématérialisation fiscale des factures et rendre ses factures numériques utilisables telles quelles. C’est en cours, suite aux directives de l’UE.
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******Solutions « protection du consommateur »
Toutes les factures électroniques devraient être adressées avec l’autorisation du client, comme la législation l’oblige. Elles ne devraient pas être associées à une obligation de mensualisation ou de prélèvement automatique.
Ces factures devraient être authentifiées, cryptées et leur intégrité devrait être assurée. Elles seraient transmises directement et intégralement sur les boîtes mails (permanentes) des consommateurs.
Enfin, les bénéfices économiques de cette facturation devraient être partagés avec les consommateurs, sous quelques formes que ce soient.
Alors, toujours prêt à passer au tout numérique ?
Pour plus d’informations sur ce sujet :
H. Decommer, 30/04/09. Facture électronique : que cache l’argument écolo. Rue89, Eco89.
J-M Vittori, 15/04/09. Le piège de la facture électronique, Les Echos.fr
D. Jacob, juin 2009. La facturation électronique : état de la situation. RETIS.
Entreprise-et-Droit. La facture électronique.
le 24 juillet 2009 à 12:34
Bravo cet article! C’est la question typique de la “dématérialisation”… je m’étais fait la même reflexion….
ca diminue d’un point de vue “matériel” (car moins de papier, et encore pas sur avec l’effet rebond)
mais nécessite d’être retranscrit sur du support électronique (avec tout l’aspect sécurité, fiabilité, risques des serveurs en général)
et d’être gardé sous forme “énergétique” et numérique.
On gagne surtout de l’espace avec la dématérialisation mais il y a une contrepartie puisque le probleme se déplace ensuite vers l’équipement informatique, les déchets, etc… Dès que j’ai un moment, j’écrirais probablement sur le sujet. En tout ce billet apporte de la réflexion, bravo!
le 24 juillet 2009 à 16:21
Oui, merci pour ces petites infos, c’est utile!
le 29 juillet 2009 à 12:48
bravo pour cet article. Il présente ce problème sous un angle différent ^^
le 30 juillet 2009 à 8:59
L’intérêt pour l’environnement de la dématérialisation des supports physiques (facture papier, bulletin de salaire papier, etc.) est inversement proportionnel que la durée légale de conservation du document dématérialisé. Plus on doit conserver longtemps le document et plus le coût environnemental de la dématérialisation est grand. Pour une raison simple : le papier est le support de conservation des documents le plus fiable sur le long terme. Toute conservation électronique induit des risques liés à la durée de vie du support (10 à 20 ans pour les CD / DVD par exemple) et aux formats : qui sait encore lire facilement un fichier au format Sprint (traitement de texte de Borland en 1991) ?
Nous avons étudié en détail le cas du bulletin de salaire :
http://www.greenit.fr/article/.....ais-legaux
le 30 juillet 2009 à 12:25
@ Fred Bordage:
C’est tout à fait vrai !
On pourrait envisager d’utiliser la facturation électronique et la dématérialisation pour les documents rapidement obsolète ou anodin: facture de consommable, relevés indicatifs, communication institutionnelle et pub…
Quant aux documents plus importants et qui nécessitent une durée de vie plus longue (factures qui servent de garantie ou bulletin de salaire comme tu le montre), conserver la version papier pour s’assurer de la conservation à long terme (durée de vie des supports de sauvegarde et compatibilité des formats) à moindre coût écologique (énergie, déchets électroniques). La dématérialisation de ces documents seraient plus dans l’optique de la diffusion.
Autrement dit, des factures électroniques pour l’achat de CD et de fleurs (car ça est perissaaable et les bonbons, c’est tellement bons…) et des factures et versions papiers pour l’archivage des documents importants, avec une version numérique pour les échanges avec les administrations et clients et la consultation en ligne à distance.
le 8 août 2009 à 8:00
Tout à fait d’accord avec cet article, c’est pour cela que je n’ai pas souscrit à la facture électronique chez Orange (pour citer un exemple), car :
- J’ai besoin d’une version papiuer pour mettre dans les comptes de mon entreprise
- C’est à moi d’assumer ce coup (pas de réduction sur l’abonnement)
- Et surtout, la facture n’est pas envoyée en pièce-jointe. Il faut passer par un laborieux système à plusieurs mots de passe, totalement infect.
- Au final, qui profite de cela à part l’entreprise ?
le 27 août 2009 à 10:22
Excellent article!
Tout à fait d’accord avec toi. C’est déjà un grand pas pour les entreprises et surtout notre planète que de proposer la facture électronique. Je vous conseille d’aller faire un tour sur http://www.myarchivebox.com qui propose des coffre-fort numériques pour particuliers. Je suis tombé sur leur site par hasard. Je les ai contacté, ils ont l’air sérieux. Je viens de m’abonner au service après l’avoir tester le service. Ca évolue pas mal de leur coté.
Quelqu’un connais ?
le 9 juin 2010 à 16:55
Merci à Laurent de parler de nous!
Effectivement, grâce à notre service de coffre-fort numérique, vous pouvez rapatrier automatiquement toutes vos factures électroniques grâce à l’outil “Facteur électronique”. Les factures électroniques sont automatiquement récupérées et classées dans votre espace personnel.
http://www.myarchivebox.com/fi.....ectronique