TeamDéfis, un autre tour du monde éco-responsable

Stéphane Narvaez et l’équipe Teamdéfis se lancent dans un tour du monde à la voile. Mais par n’importe quel tour du monde.

Stéphane Narvaez, skipper du Tocata.

Stéphane Narvaez, skipper du Tocata.


Celui-ci sera d’Est en Ouest, à l’encontre des vents et des courants, sur un navire de série qui n’utilisera que les énergies du vent et du soleil. Bref, qui s’affranchira des carburants qui n’ont rien à faire, selon son skipper, sur un navire à voile.

Blogalwarming a interviewé celui qui se lancera dans ce tour du monde éco-responsable, poussé par le vent des énergies renouvelables en pleine croissance.
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image_21_normal Blogalwarming : Stéphane Narvaez, vous vous préparez à vous lancer dans une aventure comme il n’en reste guère. Pourriez-vous nous présenter ce projet qui vous tient à cœur ?

skipper-narvaez-20 Stéphane Narvaez : - Je vais essayer de faire court. Il y a plusieurs volets à ce projet. Un volet humain, un volet navigation, un volet énergétique développement durable, un volet technique, un volet scientifique.

On va dire que ce qui me tient à cœur c’est le côté longue navigation autour du globe associé à des énergies électriques renouvelables. Il y a eu un gros investissement dans ces générateurs éoliens et solaires. J’aimerais faire un bilan technique de leur usage. Les énergies renouvelables sont des énergies fluctuantes. Leurs stockage et la gestion des consommables sont nécessaires à leur valorisation. Il en est de même pour les grosses éoliennes de 1 à 5MW ou les parcs solaires, pour lesquels on peut stocker (STEP : stockage sous forme de pompage puis turbinage ) ou distribuer via le réseau RTE.

C’est la notion de partage des ressources qui est intéressante avec les énergies renouvelables. Je veux dire par là que les régions ventées possédant un parc éolien pourront produire pour les régions ne sans vent. C’est la force du Réseau RTE qui transporte l’énergie, garantissant une bonne distribution de la ressource.

L’aspect scientifique associé à l’Ifremer me donne aussi la satisfaction d’aider, de contribuer modestement à un projet de recherche. Il est important je crois aujourd’hui de communiquer à chacun qu’il n’y a pas de petits gestes ou de petites actions. Plus nous sommes nombreux sur terre, plus la contribution de chacun est importante. Un vrai travail de fourmis sous forme d’actions éco-responsables.

image_21_normal - Quels ont été les ressorts, les déclencheurs qui vous ont poussé à monter un tel projet ?

skipper-narvaez-20 - Ça a été des rencontres et le hasard.

Tout d’abord l’achat du navire en novembre 2005. Il est certainement le plus « marin » des navires de série jamais construits. Il méritait un projet de la sorte.

Le Tocata navigant sous spi

Le Tocata navigant sous spi


Par cette occasion rendre hommage à son architecte André Mauric qui, en dessinant le Mélody, a mis le fruit de toute son expérience, dont celle des Pen Duick d’Eric Tabarly. Une génération de navire pour lesquels les architectes cherchaient à allier performances de vitesse, qualités marines et robustesse. Pour les matériaux et les techniques de l’époque ; on est arrivé avec le Mélody à un sommet de qualité.
Les autres rencontres ont été des lectures. Ce sont les livres de Jean-Luc Van Den Heede et Alain Maignan. Le premier est le détenteur du record du tour du monde à « l’envers » le second est le premier marin à avoir réalisé le tour du monde en solitaire avec un voilier de série, un Sun Rise. Ainsi, l’envie d’une grande navigation, sera un tour du monde en faisant le mixe de toutes ces expériences, un tour du monde sur les traces de Jean-Luc Van Den Heede avec un bateau de série inspiré par Alain Maignan, les deux réunis font de ce tour du monde à l’envers avec un bateau de série une première dans l’histoire de la navigation à voile.

Une voie ouverte, celle des projets à budgets modérés qui puisent leurs attraits dans les valeurs, ici celles du développement durable. Pour ma part je rejette la présence d’un quelconque groupe électrogène à bord. Pour moi c’est un non sens. La navigation à voile ne nécessite pas d’électricité. La sécurité et le devoir d’assistance mutuelle en mer imposent de posséder à bord des appareils de communication électriques. Ils devront être alimentés par des énergies renouvelables.

C’est cet ensemble qui a constitué le « ressort déclencheur ».

image_21_normal - Parlez-nous donc des deux compagnons de cette aventure: vous-même et votre navire ;)

skipper-narvaez-20 - En solitaire, il est vrai que le premier compagnon c’est soi-même. Il faut bien le connaître pour lui apporter l’énergie, la force, le moral et le courage d’aller au bout d’une aventure de longue halène, un marathon des mers. Il faudra que je soigne mon estomac (l’alimentation est essentielle à mon moral à terre comme en mer) et que j’évite toute imprudence. Pour ça, il faut avoir ses marques et c’est là effectivement qu’intervient le deuxième compagnon de route, le navire. « Toccata », son nom de baptême. La confiance en ce navire est entière. Je devrai cependant ménager les efforts pour le préserver de la fatigue sur cette longue route. La voile est un sport mécanique pour lequel les ruptures, les casses trouvent des origines très diverses. On peut aller vite et préserver le matériel. La complicité s’installera dès les premiers jours, je serai à l’écoute des bruits, du vent, de la mer mais aussi du navire, des voiles, de la coque…ces bruits sont des indicateurs de bon ou mauvais fonctionnement. On sait s’il souffre mécaniquement ou si les efforts sont modérés. Avec le temps ça devient naturel.

image_21_normal - Des voyages autour du monde à la voile, il y en a eu et en aura d’autres. En quoi le vôtre est-il si particulier ?

skipper-narvaez-20 - C’est un tour du monde pour souligner les actions développement durable. Il y a trois particularités à ce tour du monde.

La première c’est qu’il s’agit d’un tour du monde dans le sens Est-Ouest avec un bateau de série, c’est une première. C’est le volet économique du programme pour lequel les investissements sont très faibles.

La seconde, c’est de ne compter que sur des énergies renouvelables pour l’électricité du bord. C’est le volet environnemental du programme avec zéro émission de CO2 pour la production de l’électricité. A l’heure où la crise énergétique fait poser les questions fondamentales du partage des ressources, il est essentiel de communiquer l’impérieuse nécessité de faire des économies d’énergies et de donner plus de place aux énergies renouvelables.

La troisième particularité, c’est la participation active au programme de mesures de l’Ifremer. Ce programme donne à la navigation son volet social. Platon n’a qu’à bien se tenir quand il dit « Il y a trois sortes d’humains, les vivants, les morts et ceux qui parcourent les mers », indiquant la difficulté de cerner le caractère social de l’activité des marins. L’organisation en mer répond à d’autres règles que celles qui gèrent les sociétés. Les activités maritimes n’en sont pas moins une contribution sociale, que ce soit le commerce, la pêche, ou les programmes scientifiques, toutes contribuent au confort de la cité.

image_21_normal - Lors d’un tour du monde à la voile classique, la consommation de carburant est-elle si importante que ça ?

skipper-narvaez-20 - Oui elle est importante à deux titres.

Le premier est général et concerne aussi l’automobile. Il faut savoir que les moteurs à combustion sont d’abord des chaudières avant d’être des moteurs à propulsion ou des génératrices électriques. Le rendement est très mauvais, c’est un véritable gaspillage énergétique.

Le second est pratique. A bord d’un navire de plaisance équipé en batteries 12V, la consommation quotidienne est de 200 à 250A. Il faut faire tourner un groupe une heure par jour pour apporter cette énergie électrique. Les groupes actuels consomment 1litre à l’heure. Pour ce périple ça représente 240 litres de gasoil. Outre le côté écologique qui fait préférer les énergies renouvelables, il y a la considération du poids embarqué : 240kg de gasoil et 50kg de groupe soit près de 300kg (dont 50kg permanents), alors que les EnR embarquées représentent au total 35kg total et permanent. Ça vaut le coup de faire un effort de gestion de l’énergie.

image_21_normal - Vous avez de nombreux partenaires, comme des entreprises d’énergie renouvelable, l’IFREMER ou encore l’UE. Comment-ils accueilli votre projet ?

skipper-narvaez-20 - C’est à eux qu’il faut poser cette question… Toutes ne sont pas partenaires. Certains restent sceptiques ou ne sont pas intéressés tout simplement. C’est une question de sensibilité je crois. Le projet a été accueilli favorablement par une grande majorité des acteurs professionnels.

image_21_normal - En dehors de l’exploit, quelle est l’utilité de votre périple, quel message voulez-vous faire passer ?

skipper-narvaez-20 - Sincèrement, si on considère qu’il y a un exploit, ça sera le fruit du travail de toute une équipe. Le fruit d’une expérience de la navigation à la voile. Au-delà de l’exploit, il y a l’envie de naviguer dans toutes ces régions du globe. L’envie de réaliser une première qui permettrait de saluer toute une époque et une génération d’architectes et de navires.

L’utilité du périple ? Il y a dans cette navigation des valeurs et une sensibilité. Concrètement les actions sont jugées utiles lorsqu’elles servent une cause. J’aimerais servir celle des énergies renouvelables et du développement durable. Je suis préoccupé, comme beaucoup, par le devenir de la planète, par la santé de nos enfants. S’il doit y avoir un message c’est bien celui de la prise de conscience des effets néfastes du développement sans considération écologique.

L'équipe de Teamdéfis

L'équipe de Teamdéfis

image_21_normal - Que diriez-vous à ceux qui rêvent aussi de partir dans une aventure éco-responsable ?

skipper-narvaez-20 - J’aimerais leur dire de foncer, de prendre des risques et d’aller au bout de leurs envies.

image_21_normal - Alors, à quand le départ ?

skipper-narvaez-20 - Le départ est prévu le 07 septembre 2009 de Saint Laurent du Var dans les Alpes Maritimes (06). Il se peut que cette date change sensiblement pour des raisons d’organisation, d’invitations (présence souhaitée de personnalités). Dans tous les cas ça sera annoncé par la presse et sur le site internet www.teamdefis.com

image_21_normal - Il ne me reste qu’à vous souhaiter “bon vent (et bon soleil) !”

skipper-narvaez-20 - Merci de votre accueil.

A Propos de cet auteur

Grégoire Macqueron

Ingénieur écologue spécialisé dans le management de projet. Je m'investis dans le projet Blogalwarming car je veux participer à l'édification d'une société plus durable. L'information et la sensibilisation, c'est le début (et la fin) de l'action, alors, pas d'hésitation !

4 commentaires pour “TeamDéfis, un autre tour du monde éco-responsable”

  1. Interview très intéressante, je ne connaissais pas ce projet. Bon courage à Stéphane dans la préparation et pour le départ ! Mine de rien, çà va arriver vite ;-)

  2. Super projet, dommage qu’il ne soit réalisé sur un bateau plastique. Le meme projet sur un bateau en bois aurait pris vraiment tout son sens.
    Amitié
    Thierry

  3. Bravo ! Très belle aventure en perspective et nous avons compris un message de teamdefis : allons au bout de nos envies !!

  4. Marin français secouru les naufragés dans le sud de l’Argentine

    Un Français qui ont navigué seul sur un voilier et a coulé dans les environs de Staten Island, au large Tierra del Fuego, a été sauvé aujourd’hui, après une gestion des opérations intensives de pêche réalisé par la voile à travers la zone et un navire de la marine en Argentine.
    Navaez Stéphane, qui se déplaçait dans le bateau “Toccata”, le drapeau français, a été sauvé par deux voile, pêche argentine dans la région et le navire de la Marine “Alferez Sobral.
    Ushuaia Centre de coordination a communiqué avec le navigateur, qui était à bord d’un radeau de survie, sans abri et de l’équipement VHF.
    L’agence des pêches a mis en garde le Centurion de l’Atlantique »et« South Wind “qui ont navigué à travers la zone, qui a conduit à l’épave après avoir tiré une fusée éclairante.
    Navaez était “en bonne santé” lorsque l’un des poissons sont arrivés sur les lieux de l’épave et l’a transféré à la Sobral Alferez emmener ce soir pour le port d’Ushuaia.

    Des sources navales a également ajouté qu’il a été décidé d’envoyer un avion P3 Orion, basé à Naval Air Base Almirante Zar, Trelew à Chubut à participer à l’opération de sauvetage dans une zone avec des vagues hautes et une faible visibilité.
    Le navigateur avait quitté le port français de Nice le 13 Septembre dernier, à bord de la Toccata, un bateau de 10 pieds de long .-

    Kiel
    25/11/2009 10:46 PM

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