Grenelle de l’environnement: la pollution lumineuse en pleine lumière !

Octobre 2008, commence l’étude législative d’une reconnaissance de la pollution lumineuse dans le cadre du Grenelle de l’environnement. Cette nuisance lumineuse, longtemps ignorée en France, masque les astres d’un voile rougeâtre sinistre et perturbe grandement les écosystèmes, mais aussi la santé humaine. Cette pollution est aussi le signe d’un gaspillage irraisonné d’énergie, visible même depuis l’espace !

La Terre, de nuit.

La Terre, de nuit.

Source: wikipedia commons http://fr.wikipedia.org/wiki/Image:Terre-lumieres_de_nuit.jpg

La pollution lumineuse, c’est quoi ?

Pollution lumineuse : luminosité du Ciel produite par la dispersion de la lumière artificielle dans le gaz et les particules de l’atmosphère. (ANPCN ; 1)

La pollution lumineuse est en grande part causée par l’éclairage publique, mis en place dès les premières cités (rendu obligatoire en France par Louis XIV, en 1477) (9), pour assurer la sécurité des usagers de la voie publique. Dans les 70, les « villes lumières » se sont imposées, avec une vision esthétique et markéting de cet éclairage : illuminations de noël, façades des monuments mis en valeurs, vitrines commerciales inondant de lumière ses produits… Cette lumière nocturne qui anime les villes est désormais bien intégrée dans les mentalités. Tout comme la peur du noir ! (MEEDDAT, 2008 ; 0)

Mais le monde change. La lumière n’est plus uniquement symbole de modernité et de sécurité. C’est aussi une nuisance dans les chambres à coucher, pour l’astronomie ainsi que pour les insectes, les chauves-souris, les arbres, etc. qui ne savent plus à quel astre se vouer.

L’État Français a donc décidé d’agir : fin octobre 2008, l’article 36 du projet de Grenelle 1 est voté. Désormais, les émissions de lumière artificielle « de nature à présenter des dangers ou à causer un trouble excessif aux personnes, à la faune, à la flore ou aux écosystèmes, entraînant un gaspillage énergétique ou empêchant l’observation du ciel nocturne » feront l’objet de mesures de prévention, de réduction ou de suppression. (J-B Feldmann, 2008 ; 2)

Heureusement, la pollution lumineuse, à la différence de bien d’autre, est instantanément réversible, pourvu que l’on adopte des éclairages et des usages rationnels. (JP Sivan, 2002 ; 4).

Les effets de cette luminosité malvenue

Sur le ciel

Selon l’atlas mondial de Cinzano de la clarté artificielle nocturne, la progression des halos lumineux nocturnes en Europe est de 5% par an. 90% des étoiles ont disparues du ciel des métropoles ! (M. Court, 2008 ; 3)

L’observation du ciel devient depuis la terre devient de plus en plus difficile, comme le montre l’exemple de l’Observatoire de Meudon, installé au XXème siècle dans un lieu réputé pour la noirceur de ses nuits, désormais rosâtre.

Nous obtenons les premières photos de planètes extra-solaires, situées à des années-lumière, et nous ne voyons plus qu’un dixième des étoiles du ciel. Quel paradoxe !

New York, la nuit.

New York, la nuit.

Illustration : New York, la nuit (wikipedia commons http://fr.wikipedia.org/wiki/Image:Empire_State_Building_Night.jpg)

Sur la faune et la flore

Selon la ligue ROC (P. Jouventin ; 6), presque la totalité des grands groupes animaux sont affectés par ces lumières nocturnes :

*Insectes : Les mâles verts luisant ne retrouvent plus leur dulcinée et l’espèce court à sa perte ; les papillons de nuits s’épuisent contre les lampes à vapeurs de mercure, hypnotisés par leurs ultra-violets.

*Oiseaux : les pigeons et étourneaux se nourrissent plus longtemps et peuvent se multiplier ; certains oiseaux migrateurs qui se guident aux étoiles s’égarent. On estime 1 à 10 millions le nombre d’oiseaux tués par an rien qu’à Toronto (9).

*Amphibiens : aveuglées, les grenouilles ne distinguent plus les proies des prédateurs.

*Reptiles : Des tortues marines ne retrouvent plus les plages pour se reproduire et meurent sur les routes de Floride.

*Mammifères : les chauves-souris, en voie de disparition et protégés par la loi, fuient les lieux illuminés.

En outre, la grande majorité des organismes, dont l’homme, ont des cycles biologiques déterminés par la variation de l’alternance jour-nuit au cours des saisons. Terre Sauvage donne une bonne illustration des dérèglements subis avec une photo où l’on voit un arbre dont la ramure entoure un réverbère. En automne, toutes ses feuilles sont tombées, à l’exception de celles, encore vertes, autour de ce lampadaire.

L’ensemble des écosystèmes est donc perturbé par les lumières excessives de la nuit, ce qui se traduit parfois par une dégradation du confort des habitants lorsque les populations de pigeons ou d’étourneaux se multiplient.

Sur la santé humaine

Comme le déclaré J-F Doré, médecin à l’agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (AFSSET)  « On sait qu’il y a un effet, mais l’impact exact est loin d’être cerné et les mécanismes sont loin d’être élucidés. » (M. Court, 2008 ; 3). La piste la plus suspectée est la modification des rythmes biologiques, et donc du système hormonal qui en dépend. Il est envisagé que la modification de la perception jour/nuit provoque des troubles de sécrétions de la mélatonine mélatonine, impliquée dans le vieillissement, le développement de tumeurs, la tension, la libido…. (MEEDDAT, 2008, 0).

Enfin, il y a les dangers d’accidents dus à l’aveuglement provoqué par certains éclairages nocturnes. Des accidents mortels sont survenus à causes d’éclairages mal placés, ou de leurs reflets.

Un gaspillage d’énergie

30 à 50% de la lumière des éclairages publics sont gaspillés inutilement (JP Sivan, 2002 ; 4). Cela représente 4% des émissions de gaz à effet de serre française et presque 50% de la facture énergétique des communes (Katia, 2008 ; 5). Aux USA, le coût de ce gaspillage est estimé par la International Dark-sky Association à 1,5 milliards de $ par an (9).

Quelles solutions ?

Il ne faut pas éclairer moins, mais mieux, comme le rappelle la secrétaire d’état à l’écologie Nathalie Kosciusko-Morizet. Des mesures simples en matière d’éclairage ne porteront pas préjudice à la sécurité ni au confort des habitants mais apporteront de nombreux avantages pour la santé humaine, l’environnement, l’observation du ciel et pour les finances (économie d’énergie, donc d’argent).

Le principe de base est d’éviter autant que possible d’éclairer le ciel directement ou par diffusion. Cela revient à utiliser des éclairages directionnels dirigés vers le bas.

Par ailleurs, les systèmes économes en énergie (basse tension, LED…) limitent la quantité de lumière pouvant diffuser dans le ciel et réduit la consommation énergétique. Lille à ainsi réduit sa facture énergétique de 35% tout en assurant un éclairage plus efficace (9).

Le recours aux régulateurs, comme les minuteries, les détecteurs de présence ou les variateurs de lumière, est aussi recommandé.

Enfin, certains types d’ampoule ont moins d’effets négatifs sur la faune ou sur l’observation astronomique (Lampe à sodium basse pression, par exemple).

Pour plus de détails, consultez JP Sivan, 01/03/02 (version d’avril 2007). La pollution lumineuse et l’Observatoire de Haute Provence.

Exemple de modification des éclairages publique pour réduire la pollution lumineuse et le gaspillage énergétique.

Exemple de modification des éclairages publique pour réduire la pollution lumineuse et le gaspillage énergétique.

Source : La pollution lumineuse et l’Observatoire de Haute Provence. [Disponible en ligne à http://www.obs-hp.fr/www/pollution/rapport/rapollum.html] (4).

Ce qui se passe ailleurs

Les premiers États à légiférer sur la pollution lumineuse sont l’Arizona, en 1986, suivi vers la fin des années 90 et début des années 2000 par d’autres états américains (1999), des régions italiennes (97-2000), le Chili, la République Tchèque (2002), et plus récemment la Belgique et le Royaume-Uni (2006).

De son côté, la commission internationale de l’éclairage a mis en place une norme sur la lumière intrusive, mais celle-ci, complexe, est peu utilisée.

Avec le Grenelle de l’Environnement, la France se lance à son tour dans cette voie.

Conclusion

La pollution lumineuse est un phénomène très récent, quelques décennies seulement, et le terme lui-même de « pollution lumineuse » n’est apparu que dans les années 80. A cause de cela, les conséquences de cette pollution ont peu été étudiées, et encore moins prises en compte, jusqu’à présent.

En outre, la lumière est un symbole très fort de modernité (Siècle des Lumières, Fée électricité, Ville Lumière) et de sécurité (peur du noir, dangers nocturnes). La lumière est aussi séductrice. Elle est donc utilisée pour des raisons esthétiques et markéting.

Mais cette illumination nocturne est synonyme de gaspillage d’énergie et donc de pollution. Elle masque un patrimoine mondial, la voie céleste. Elle perturbe de nombreuses espèces, dont certaines déjà menacées par ailleurs ou ayant une importance particulière pour les écosystèmes. La pollution lumineuse est aussi suspectée d’avoir un effet sur la santé humaine, en déréglant ses rythmes biologiques et son système hormonal.

Heureusement, la pollution lumineuse est instantanément réversible, pour peu d’adapter les éclairages et leurs usages. La prise de conscience récente de ce phénomène est donc prometteuse d’une nette amélioration à venir.

Sources :

Les documents précédés d’un astérisque (*) sont les plus approfondis.

Vous retrouverez ces sources sur mon delicious, rubrique Pollution_Lumineuse.

Pollution lumineuse et législation :

Ministère de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement Durable et de l’Aménagement du Territoire (MEEDDAT), 24/09/08. Projet de loi Grenelle de l’environnement : vers une reconnaissance de la pollution lumineuse. [Disponible en ligne à http://www.developpement-durable.gouv.fr/]

(0)    *MEEDDAT, 23/09/08. Dossier de presse : Projet de loi Grenelle de l’environnement : vers une reconnaissance de la pollution lumineuse. [Disponible en ligne à http://www.developpement-durable.gouv.fr/]

(1)    Association Nationale pour la Protection du Ciel Nocturne (ANPCN). Gène lumineuse. [Disponible en ligne à http://www.astrosurf.com/lcorp/pol.htm]

(3) M. Court, 30/09/08. Une loi pour réglementer la pollution lumineuse, Le Figaro.fr. [Disponible en ligne à http://www.lefigaro.fr/sciences/]

(2) J-B Feldmann, 09/11/08. Enfin une loi contre la pollution lumineuse. Futura-Sciences. [Disponible en ligne à http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/astronomie/d/enfin-une-loi-contre-la-pollution-lumineuse_17229/]

(5) Katia, 27/09/08. Agir contre la pollution lumineuse de l’éclairage nocturne. Agoravox. [Disponible en ligne à http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=44923]

Le point de vue des astronomes :

(4) *JP Sivan, 01/03/02 (version d’avril 2007). La pollution lumineuse et l’Observatoire de Haute Provence. [Disponible en ligne à http://www.obs-hp.fr/www/pollution/rapport/rapollum.html]
Les effets sur la faune et la flore :

(6) *P. Jouventin. Éclairage nocturne et pollution lumineuse, Ligue ROC. [Disponible en ligne à http://www.roc.asso.fr/protection-faune/pollution-lumineuse.html]

(7) Terre sauvage

Dossiers pollution lumineuse :

(8) *C. Magdelaine. La pollution lumineuse. Notre-planete.info. [Disponible en ligne à http://www.notre-planete.info/environnement/pollulumi.php]

(9) *Collectif wikipédia, le 01/11/08. Pollution lumineuse, Dossier wikipédia [Disponible en ligne à http://fr.wikipedia.org/wiki/Pollution_lumineuse].

A Propos de cet auteur

Grégoire Macqueron

Ingénieur écologue spécialisé dans le management de projet. Je m'investis dans le projet Blogalwarming car je veux participer à l'édification d'une société plus durable. L'information et la sensibilisation, c'est le début (et la fin) de l'action, alors, pas d'hésitation !

8 commentaires pour “Grenelle de l’environnement: la pollution lumineuse en pleine lumière !”

  1. Excellent article très détaillé sur un sujet peu abordé.

    La pollution lumineuse n’est-elle donc une pollution que si la source de lumière est pointée vers le ciel ?

    PS : Tu parles de MélOtonine dans le paragraphe sur la santé humaine. N’est-ce pas de MélAtonine dont il est question ?

  2. Billet très instructif et surtout très alarmant.
    Au final, on ne se rend pas compte du danger que l’éclairage représente et on est loin d’en imaginer les conséquences sur le long terme. L’éclairage est fait pour mieux voir, au final il nous aveugle plus qu’autre chose !

    … en parlant d’éclairage, posons-nous la question de l’utilité des éclairages dans les magasins et des enseignes la nuit… autant certains sont utiles (pharmacies…) mais d’autres ?! Eclairer des chaussures, des vêtements, des fauteuils, des bijoux… est-ce vraiment utile ?

  3. @ Animal Penseur:
    Autant pour moi, c’est bien mélAtonine. Et dire que je m’étais moi-même étonné de cette orthographe, à tel point que je pensais que c’était une protéine différente de la mélatonine. Y a des jours ou le cerveau enregistre de travers :(
    A corriger, donc.

  4. Excellent article bien documenté et surtout citant ses sources. Bravo.
    Je pense comme Julien que la publicité et la lumière dans les magasins devraient etre supprimée au moins à partir d’une certaine heure. 22 h par exemple. On nous dit que la lumière dans les magasins est une mesure destinée à la sécurité, on peut ainsi voir les intrus. Bof, on les verrait beaucoup mieux s’ils devaient se guider à l’aide d’une lampe torche dans les magasins noirs comme la nuit.
    Pour les éclairages publics il existe en Allemagne un procédé vicieux qui participe voire augmente l’éclairage urbain. Les villes ici peuvent sous traiter leur éclairage public (les concessions sont super longues de l’ordre de vingt ans) afin de réduire théoriquement leur facture d’éclairage. Dans les faits, les sous-traitants sont des filiales des producteurs de courant et ils n’ont aucun interet à mettre en place des systèmes moins gourmands ce qui avec l’explosion des prix de l’électricité leur permet de faire des bénéfices non négligeables. Pire, les communes désireuses de sortir de ces contrats sont dans l’obligation de racheter leur réseau. Je ne sais pas si le phénomène existe en France avec son électricité démonopolisé depuis peu. Amitié Thierry

  5. Et ma question sur ce qui est une pollution lumineuse.
    Alors, est-ce une source pointée vers le ciel ou tout source empêchant le fonctionnement normal d’un organisme ?

    Je ne pose pas la question du gaspillage hein, ne me sautez pas dessus.

  6. @ Animal penseur:
    Une pollution ou une nuisance lumineuse est, a priori, tout phénomène lumineux artificiel qui perturbe l’environnement. Donc qui perturbe les espèces. Et les sources lumineuses émises vers le ciel en font partie. Il a été observé un très grand nombre d’oiseaux migrateurs attirés par les faisceaux lumineux qui représentaient les Twin Towers. Nombres d’entre-eux sont morts d’épuisement ou en heurtant les vitres des autres buildings. Je sais plus où j’ai vu ça, mais c’est dans les documents cités dans le billet.

    @Thierry:
    Alors ça, j’en sais rien. Je savais juste que ce système de sous-traitance existait en Allemagne pour l’eau, avec le même type de problème.
    Quant aux lumières des enseignes, je pense que l’argument est celui de la sécurité des rues, plutôt que celui des voleurs (cf le Watergate dans Forest Gump :P ). Ceci-dit, certaines villes ont fait la démarche de réguler leur illumination. Il existe même des “réserves” de nuit nocturne et sombre noire :)

  7. Une pétition de soutien pour réglementer l’éclairage public avec l’énoncé de mesures concrètes à intégrer dans les futurs decrets d’application a été lancée récemment !
    http://www.astrotophe.fr.nf/petition/

  8. j aimerai savoir ce que vous penser du réchauffement climatique

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