Entre les Corées : un des écosystèmes tempérés le mieux conservé au monde

La Grue du Japon - Source Wikipedia
En 1953, lorsque l’armistice est signée entre les 2 Corées, une zone démilitarisée (DMZ) est créée. Large de 4 kilomètre et longue de 238km, la frontière, cernée de militaires et jonchée de mines, devient un no man’s land quasi-absolu. Contre toute attente, les écosystèmes se sont régénérés peu à peu des séquelles de la guerre et la frontière est devenue un sanctuaire naturel remarqué. Certains scientifiques parlent de laboratoire de la reconquête de la nature…
Aujourd’hui cet écosystème est d’autant plus précieux que, par la force des choses, il accueille des oiseaux migrateurs dont la survie est gravement menacée. Mieux que ça, il est vraisemblable que cet endroit a permis à certaines espèces de subsister le temps que les pays voisins s’en soucient. On peut nommer ici les grues du Japon et les grues à cou blanc devenues les icônes de cette frontière mais également des variétés de spatules, ibis et autres échassiers.
Les autres animaux ne sont pas en reste. Géographiquement très limitée, la DMZ coréenne propose pourtant des environnements très variés ; plaines, montagnes, rivières et marais. Si aucun recensement précis et exhaustif des espèces n’a pu être mené depuis la séparation des deux Corées, le magazine L’Etat de la Planète publiait en 2004 des chiffres pourtant conséquents. « 52 espèces de mammifères, 201 espèces d’oiseaux, 28 reptiles amphibiens, 67 espèces de poisson d’eau douce et 1194 espèces végétales » doivent se côtoyer sur cette zone. Si certains supposent l’existence de Tigres de Sibérie, des léopards, cerfs musqués ou phoques tachetés vivent là. Et quand on sait que c’est au Vietnam voisin qu’on découvre aujourd’hui certains des derniers mammifères inconnus…
Aujourd’hui les efforts sont menés pour réconcilier les 2 Corées. Nombreuses sont les associations et les organisations qui plaident pour une sauvegarde complète de cette zone en l’inscrivant au Patrimoine mondial de l’UNESCO… A fortiori si les Corées se retrouvent et que l’activité humaine menace de nouveau cette zone comme elle détruit celles épargnées par les conflits.
Sources :
The Meaning of the 38th Parallel: Bird Migration and the Demilitarized Zone (DMZ) par Hiroyoshi Higuchi
SANCTUAIRE : POUR LA NATURE ET LES MORTS. Préserver la zone démilitarisée coréenne Magazine L’Etat de la Planète Novembre-Décembre 2004
le 13 janvier 2009 à 9:57
Incroyable cette histoire… Je sais bien que c’est con comme commentaire, mais je trouve ça tout simplement hallucinant… Il faut absolument préserver des zones comme celles-ci…
le 13 janvier 2009 à 20:04
Effectivement, les zones de guerres ou zones militaires transformées en no-man’s land peuvent devenir, dans quelques cas, des refuges pour les écosystèmes, loin des activités humaines… pour peu que ces zones ne soient pas trop contaminées par les séquelles des batailles: défoliant et napalm, explosifs, radioactivités, canalisations de traitement des eaux usées rompues, etc.
cf: Guerres et environnement http://www.goodplanet.info/goo.....ronnement/(theme)/1410
Espérons en tout cas que ce milieu préservé ne fasse pas les frais de la réconciliation des deux Corées.
Dans la même veine, Homo Disparitus: que deviendrait les écosystèmes si l’Homme disparaissait ?
cf: http://www.buvettedesalpages.b.....ritus.html
le 13 janvier 2009 à 21:28
Je me souviens être passé en Allemagne de l’Est quelques années après que le mur soit tombé et j’étais étonné de voir ces surfaces autrefois interdites aux allemands et où la faune et la flore avait repris le dessus… Ca m’a beaucoup marqué parce qu’on pouvait y respirer, c’était une bien belle nature. Aujourd’hui, les maisons poussent comme des champignons, le contraste est flagrant…
le 13 janvier 2009 à 21:58
Je ne me rappelle plus où j’ai vu/lu ça, il parait que c’est la zone interdite de Tchernobyl qui est aujourd’hui complètement reconquise par les animaux qui parcourent l’ancienne ville. Par contre et logiquement, ça ne réjouit pas grand monde ; ces animaux sont bien sûr contaminés par les radiations et contrairement aux hommes, l’idée de barrière et de frontières n’a pas de sens pour eux. Il est difficile d’évaluer aujourd’hui les répercussions réelles de leurs déplacements sur les territoires avoisinants…
J’aimerais bien savoir ce phénomène est étudié actuellement…
le 13 janvier 2009 à 23:15
Il l’est. Il y a parfois des polémiques sur ce qui a le plus d’impact négatif: les activités anthropiques ou la radioactivité ? Mais si les écosystèmes sont assez résilients, les suivis scientifiques montrent qu’il y a un impact sur la dynamique des populations.
cf: http://citron-vert.info/spip.php?article946 et l’article de la BBC cités.
le 14 janvier 2009 à 10:37
Bonjour.
C’est exactement la situation qui régnait il y a maintenant presque vingt ans entre les deux Allemagnes. La question est pourquoi n’a t on pas demandé la meme chose ? Quand je vois le nom de l’auteur de l’article en anglais, un nom au moins d’origine japonaise, je me demande comment apprécier cette initiative (pas celle de l’article mais du classement de la DMZ). Les japonais qui ne se sont meme pas excusés voire pire font du négationisme par rapport à leurs crimes passés. N’est ce pas un reste d’attitude paternaliste colonialiste que de soutenir ce genre d’initiative ?
Tout ca pour souligner la qualité des commentaires de cet article qui évoquent les vrais problèmes comme ceux de Tchernobyl ou des restes problématiques des zones militaires. Ce que j’apprécie sur ce blog c’est que les commentaires sont souvent un complément indispensable aux articles.
Thierry
le 14 janvier 2009 à 11:13
@gregoire : merci pour tes sources, il n’y a effectivement aucune raison de se réjouir d’un retour de la nature sur l’ancien site de Tchernobyl.
@Thierry : méfions nous des procès d’intention tout de même, un japonais ne fait pas le Japon et plus largement il est très très probable qu’il travaille avec des équipes scientifiques coréennes ne serait-ce que pour récupérer des informations et autres données de cette zone, d’autant apparemment il bosse sur les grues du Japon, il est donc forcé de s’intéresser à cette zone où les grues passent durant leur migration.
cf : http://www.adm.u-tokyo.ac.jp/I.....671_e.html